Bac à Sable du Quotidien – Un petit Guide

Dans ce billet, nous allons décrire une manière de jouer qui nous plait particulièrement. C’est un mode de jeu que nous testons activement depuis quelques temps et c’est un plaisir pour nous de vous le présenter.

Voici un petit guide pour jouer dans un Bac à Sable du Quotidien.

Auteur.ices: Valentin T., Cibou, Manon et Simon Li
Licence : WTFPL (http://www.wtfpl.net)

Au fait, c’est quoi un Bac à Sable du Quotidien ?

Un Bac à Sable du Quotidien (abrégé BASQ) est avant tout une manière de jouer au JDR. C’est aussi une philosophie, un état d’esprit, appliquée en jeu.

Dans la forme, cela ressemble comme deux gouttes d’eau aux pratiques classiques du JDR :

  • Il y a des joueuses qui déterminent ce que font leurs personnages,
  • et une meneuse, qui connaît toutes les informations importantes de l’univers de jeu, et qui détermine tout le reste.

En fait, l’un des éléments essentiels du BASQ est que la meneuse fait vivre le monde fictionnel sans chercher à orienter la partie dans une direction plutôt qu’une autre. On joue pour voir ce qui va se passer, elle ne doit faire aucun plan sur la comète. La règle essentielle de cette forme de jeu est donc que la meneuse ne doit avoir aucun plan. Elle n’est pas là pour raconter une histoire, faire planer des secrets, ou proposer des défis à relever. En contrepartie, les joueuses doivent être proactives : elles ont une très grande liberté, et doivent déterminer leurs propres objectifs.

Le BASQ est donc obligatoirement un jeu en campagne qui a besoin de temps pour se développer.

Mais c’est du Bac à Sable classique, ton truc ? Il y a des milliers de ressources sur ce sujet

Et non ! Le BASQ est même très différent des Bacs à Sable classiques, la principale étant qu’on se focalise sur le quotidien des personnages. On cherche à explorer le Quotidien (avec un Q majuscule !), le routinier, les interactions mondaines, les petites mais aussi les grandes choses de la vie de tous les jours. Par exemple, si les joueuses passent trois séances à décorer leurs chambres (chose qu’on ellipse en général dans les JDR), et bien c’est une très bonne chose: c’est signe que le BASQ se déroule bien.

Une autre différence réside, nous l’avons dit, dans le fait que la meneuse n’a pas prévu de défis à relever ou de secrets à découvrir. Elle n’est pas responsable de la trame narrative.

En fait, les préparations en BASQ sont très denses, mais la grande majorité de ce qui a été préparé ne sera pas évoqué pendant la partie ; c’est la condition pour permettre aux joueuses d’expérimenter une grande liberté.

Corolaire: Il ne doit y avoir aucun panneau indicateur. Tout est potentiellement intéressant. Les personnages sont libres (VRAIMENT libres) de faire ce qu’ils veulent. En fonction de leurs objectifs, les éléments du BASQ seront explorés ou non (et s’ils ne sont pas explorés, ce n’est pas grave). La meneuse n’est là que pour jouer les figurants et décrire l’univers. Elle n’a pas les prérogatives habituelles concernant le déroulement de la trame narrative. L’idéal est d’avoir à disposition une préparation qui donne envie aux joueuses de s’y plonger, de la découvrir, d’interagir avec ses éléments.

Pour résumé, dans un BASQ:
(1) on se focalise sur le quotidien des personnages
(2) il n’y a pas de scénario
(3) les personnages sont VRAIMENT libres: il n’y a aucun panneau indicateur et il n’y a aucune trame narrative

Pourquoi c’est fun ?

Mais ça a l’air chiant comme la mort votre truc ? Si on ellipse le quotidien, c’est pour de bonnes raisons !

Nous l’admettons volontiers: le BASQ n’est surement pas un mode de jeu qui est fait pour tout le monde. Mais restez un peu avec nous, nous allons vous expliquer pourquoi nous kiffons les BASQ.

Explorer

La première source de fun est l’exploration des éléments préparés par la meneuse (en apprendre plus sur les figurants, découvrir les informations sur le monde, comprendre comme ce dernier fonctionne, fouiller le moindre recoin en se disant qu’il y a forcément quelque chose d’intéressant, etc.). Et oui, puisqu’il n’y a pas de panneau indiquant “ceci est intéressant”, puisqu’il n’y a pas de “point d’intérêt”, la joueuse est libre d’explorer ce qui l’intéresse réellement. Et si c’est la cuisine des autochtones qui l’intéresse, et bien c’est super : nous jouerons surement pleins de scènes durant lesquelles le personnage apprend à cuisiner.

Du coup, il y a tout un ensemble de choix intéressants dans ce que la joueuse décide d’explorer ou non, et ce qu’elle met en place pour rendre son exploration fructueuse. Si par exemple elle veut savoir pourquoi le chef de tribu est en froid avec son fils, elle peut choisir d’aller voir plutôt tel figurant que tel autre (aller voir sa femme plutôt que sa concubine), puis faire toute une scène où elle essaie de l’inviter à parler de lui, de son passé, de ses problèmes, etc. pour finalement comprendre les enjeux du monde fictionnel.

Combiner

La seconde source de fun, c’est de combiner les éléments découverts afin de résoudre des ennuis, des petits tracas ou des embêtements du quotidien (rendre ce figurant plus sûr de lui, monter un club de jardinage, construire un sort de rangement automatique de ma chambre, etc…). Le cadre d’un BASQ fourmille de petits ennuis, qui sont autant de petites choses que la joueuse pourrait vouloir résoudre sans que ce soit dramatique si elle ne les résout pas.

Nous insistons sur cette dernière partie: “sans que ce soit dramatique si elle ne les résout pas”. C’est l’un des piliers de la philosophie du BASQ: pour que la vraie liberté puisse exister, la joueuse doit pouvoir explorer ce qui l’intéresse et ignorer ce qui ne l’intéresse pas. Pas de panneaux indicateurs, donc pas de conséquences rédhibitoire à un ennui non résolu.

Recommencer

Chronologiquement, le fun issu de l’exploration arrive en premier dans la partie, ce qui permet de débloquer la résolution potentielle des petits tracas. Mais l’exploration ne disparaît jamais, on découvre toujours de nouvelles choses, qui vont à leur tour pouvoir être combinées. Les ennuis, quand ils sont résolus ou non, conduisent forcément à un changement dans le cadre fictionnel et l’exploration peut continuer. Sans parler des tout ce que les personnages n’ont pas encore découvert jusque là.

Le jeu ressemble alors à une sorte de LEGO, dans lequel des briques viennent s’ajouter à celles qui sont déjà disponibles au fur et à mesure de la partie, et peuvent être assemblées par les participants de manières créatives et originales.

Et la meneuse dans tout ça ?

Le plaisir principal de la meneuse est de découvrir ce que les joueuses vont décider d’explorer, et ce qu’elles vont faire avec ce qu’elles ont découvert. Elle a également l’occasion de faire vivre le monde et les figurants sans se soucier d’orienter les joueuses dans une direction particulière plutôt qu’une autre, ce qui lui donne une grande liberté d’interprétation. En particulier, elle peut incarner les figurants d’une manière similaire aux personnages des joueuses, en les jouant très sincèrement.

A ce titre, la meneuse peut être en convergence avec les figurants qu’elle joue, et contrairement au JDR classique, elle peut avoir “ses” figurants fétiches et plaider pour eux sans que cela soit un réel problème.

Concrètement, comment on joue ?

C’est bien beau ton truc, mais in fine, comment on joue à un BASQ.

Dispositif de jeu

Comme dit plus haut, dans un BASQ, il y a une ou plusieurs joueuses qui décident de ce que font leurs personnages, et d’une meneuse qui décide du reste. Il est conseillé de ne pas utiliser de système de résolution, et de jouer en freeform. Vous pouvez utiliser éventuellement une pièce de monnaie pour tirer à pile ou face lorsque la situation est vraiment inextricable. Mais globalement, la meneuse décide de la manière dont répond l’univers face aux agissements des personnages. Comme elle n’a pas d’impératifs narratifs, elle se doit tout simplement de suivre la logique du monde qu’elle décrit. D’ailleurs, toute la phase d’exploration permettra aux joueuses de délimiter les contours du fonctionnement de ce monde.

D’ailleurs, nous attirons l’attention sur le fait que plus le nombre de joueuses augmente, plus les temps morts augmentent également. Il est donc recommandé de jouer avec une joueuse seulement (le BASQ s’y prête particulièrement bien), ou avec un maximum de trois joueuses. Au-delà, jouer à un BASQ risque d’être très laborieux. Le nombre de joueuses pose d’autant moins problème que celles-ci aiment à observer les autres jouer : c’est en soi un réel plaisir que d’assister et profiter de la partie. Cette aspiration est particulièrement compatible dans un BASQ avec plusieurs joueuses.

Côté joueuse

Jouer le quotidien est le principal intérêt du BASQ. Les événements qui sortent du quotidien (les événements extra-ordinaires) peuvent ne jamais avoir lieu au cours d’une partie, et cela ne pose aucun problème. Du point de vue des joueuses, la liberté du dispositif leur donne la possibilité d’aller explorer exactement ce qu’elles veulent, de se lier – ou non – avec les figurants qui les intéressent, et de construire leurs projets librement et sur le long terme.

Le BASQ est aussi l’occasion de jouer la construction de relations intimes et spontanées sur le long terme. Puisqu’il n’y a pas d’impératif de scénario, les personnages peuvent prendre tout leur temps pour se lier aux figurants. De ce fait, les figurants gagnent en profondeur car ils ne sont plus des fonctions qui servent une trame narrative, mais existent en tant que tels, comme des gens ordinaires. Et notez qu’il est bien rare dans la vraie vie qu’une personne vous fasse complètement confiance, immédiatement, parce que vous êtes le soi-disant Héros d’une histoire ! Il en va de même dans un BASQ: les relations se construisent sur le long terme, et souvent, prendre une tasse de thé en silence avec un figurant peut constituer une scène forte de la partie.

Le plus important du point de vue des joueuses est qu’elles doivent se forger leurs propres objectifs. En effet, le “setting” ne viendra pas les chercher et attendre un événement déclencheur qui n’arrivera jamais est purement vain.

Le deuxième point le plus important est de jouer en toute sincérité et en convergence avec son personnage. Evitez les techniques de joueuse pour “chercher du jeu” et laissez vous simplement porter par votre personnage.

Notez que cette forme de jeu est particulièrement déconseillée si les participants trouvent inintéressante l’idée de jouer le quotidien.

Côté meneuse

Le plus important est de laisser les joueuses libres de décider de ce qui les intéresse. Elles peuvent ne pas du tout s’intéresser à un élément, et au contraire se focaliser plusieurs parties sur un autre. Un ensemble de conseils listés ci-dessous permettent de rendre le quotidien particulièrement intéressant, en association avec une préparation adaptée.

a/ Règle du panneau indicateur

Contrairement à la plupart des autres formes de jeu de rôle classique, il est totalement contre-productif de mettre en avant certains éléments plutôt que d’autres dans le but d’inciter à l’exploration. Il est impératif de supprimer toute incitation claire.

Cela donnera aux joueuses l’espace pour être en mesure de construire leurs propres objectifs, sans quoi elles risquent de s’engouffrer rapidement vers ce qui lui semble être un panneau indicateur.

Et cette règle est plus difficile à suivre que ce qu’il n’y paraît ! Effacer les panneaux indicateurs, c’est mettre sur le même plan l’agencement du potager et les rancœurs tribales par exemple. C’est donner autant d’importance au filet d’ail qui pend au plafond de la cuisine qu’à la perte tragique de la mère d’un figurant…

b/ Règle de la convergence

Le BASQ permet de ne pas ellipser des moments de la fiction que l’on a tendance à passer sous silence, soit que l’on résume ce passage en quelques mots, soit que l’on fasse appel à une mécanique de jeu qui résume toute une séquence de la fiction. Au contraire, il est pertinent ici d’aligner la joueuse et son personnage au maximum de manière à favoriser les interactions entre les personnages et les éléments qui ont été préparés. Par exemple, quand une joueuse se demande ce que fait exactement un pouvoir, il est pertinent de lui suggérer de le tester en jeu. Quand une joueuse se demande quelque chose au sujet de l’univers de jeu ou du cadre, il est plus intéressant de poser la question à un figurant ou d’essayer de trouver une bibliothèque que de laisser la meneuse répondre directement.

Avec cette manière de jouer, il est habituel qu’une partie de 4 heures soit équivalente à une journée dans la fiction (ou moins !), ce qui est tout à fait pertinent pour le BASQ.

Si vous avez besoin de faire des ellipses, assurez-vous que celles-ci ne concerne que des moments que le personnage a déjà vécu plusieurs fois en temps réel. Laissez alors la joueuse décrire ce que son personnage fait, comment et dans quel état d’esprit: ces éléments vous permettrons de déterminer s’il faut ellipser effectivement ou si des micro-événements pertinents peuvent se produire.

c/ Règle des figurants

Les figurants sont des ressources essentielles pour rendre le BASQ particulièrement riche. Pensez aux figurants comme les héros de leur quotidien:

  • Ils cherchent eux-mêmes à rendre leur quotidien intéressant, ce qui doit être évoqué par la meneuse.
  • Ils ont des objectifs (se faire accepter dans le bar, prendre une super photo du bar, décorer la salle de repos des malades, rendre quelqu’un heureux malgré sa maladie…).
  • Ils invitent les personnages à les aider si c’est pertinent (et non parce que ce sont les “PJ”).
  • Ils sont hauts en couleur : ils charrient les personnages, ils s’attachent à eux, ils s’intéressent à leurs projets, ils préparent des pique-niques, ils les draguent…
  • Ils sont vivants, tout simplement.

Ne les traitez pas comme de simples “fonctions”, ayant des buts narratifs ou à la visée des personnages. Construisez-les comme s’ils étaient les protagonistes principaux de leur histoire, de leur vie.

d/ Règle des rituels

La vie est rythmée par des événements récurrents : le petit déjeuner au bar, la visite matinale des malades de l’hôpital, les soirées jeux au foyer de d’hôpital, les soirées jazz… Ce sont les contextes dans lesquels se déroulent les scènes du quotidien, et qui donnent tout un ensemble de ressources à mobiliser pour jouer avec.

A ce titre, il peut être intéressant de mettre en place des plannings pour les figurants. Ainsi, ces derniers ne resteront pas à un lieu donné pour attendre les personnages, mais auront une vie propre, dont les personnages pourront (ou non) faire partie.

Créer un BASQ

OK, pourquoi pas ? Tu m’as convaincu. Quels jeux sont des BASQ ?

A l’heure actuelle, il n’existe pas de BASQ publié et à disposition. Néanmoins, plusieurs projets sont en cours de développement. Des thématiques variées sont possibles et ont commencé à être explorées : La Chine médiévale, un futur cyberpunk dystopique, ou une académie formant des magiciens par exemple.

Si vous voulez vous lancer, voici quelques conseils de création d’un BASQ.

Dans l’idée, la meneuse doit connaître 100% des informations avant le début de la partie. Cela demande donc un cadre d’autant plus local que les capacités de mémorisation de la meneuse sont limitées. De plus, la forme du contexte dans lequel se passe une campagne de BASQ a une influence critique sur son déroulement.

Mise en place

La première étape est de choisir un univers différent de la vie quotidienne des joueuses. Cela peut provenir d’un contexte historique particulier (la Chine médiévale, un futur technologique), d’un phénomène particulier (l’existence de la magie, la présence d’Esprits mystiques), ou les deux.

Il est important de se focaliser sur une communauté de petite taille, qui permette de préparer un grand nombre de détails sans se perdre dans une étendue trop vaste et dont les éléments ne seraient décrits que superficiellement.

Les personnages doivent n’avoir que peu de connaissances de ce qui distingue la communauté de notre univers réel. Les personnages rejoignent la communauté en question, qu’ils ne connaissaient pas avant que la partie commence. Cet élément est crucial pour garantir le fait que les personnages et les joueuses vont explorer cet endroit inconnu, ses lieux, ses activités, ses habitants. Les personnages rejoignent la communauté au début de la partie.

Une fois le cadre de base déterminé, il reste à le peupler de lieux, de figurants, d’événements. Pour cela, la section suivante permet de renseigner des axes de campagne, qui sont des grandes directions générales que les personnages et les joueuses pourront explorer tout au long de la campagne.

Construction des axes de campagne standard

Les cinq axes de campagne suivants sont généraux, et peuvent convenir à tout type de BASQ. Les renseigner prend beaucoup de temps, d’autant plus qu’une faible proportion de ce qui aura été créé sera effectivement mobilisé pendant la partie. Mais c’est le prix à payer pour avoir un BASQ de qualité.

La description pourra prendre la forme de fiches. Au minimum, des fiches pour chaque figurant, une liste des lieux et leurs description, un planning typique d’une journée dans la communauté.

Axe 1 : Informations

Choisissez dans un premier temps les manières dont les personnages peuvent acquérir de l’information au sujet de l’univers et du cadre du jeu. Étant donné qu’ils sont étrangers à la communauté et aux particularités du cadre du jeu, il est fort possible qu’ils cherchent à mieux comprendre ce qui s’y passe.

Plusieurs éléments peuvent servir de sources d’information : au premier chef les figurants, mais aussi certains lieux (une bibliothèque, un kiosque à journaux, une université…). L’univers et le cadre pourront ainsi être distillés directement pendant la partie, en jouant la quête d’informations des personnages.

Axe 2 : Relations

Choisissez ensuite des occasions diversifiées qui permettent aux personnages de se lier à des figurants. Les figurants doivent avoir une place centrale dans le BASQ, ce sont les éléments de la partie les plus “interactifs”.

Ils doivent avoir au minimum une série d’occupations variées dans des lieux déterminés où l’on peut les trouver, des objectifs qu’ils cherchent à atteindre, et quelques ennuis.

Il peut être particulièrement pertinent de les enrichir en déterminant quelle est leur histoire particulière qui les a amenés à concevoir leurs objectifs, leurs peurs, leurs espoirs, les gens qu’ils aiment, ceux qu’ils évitent. Il peut également être pertinent de déterminer, même vaguement, quel degré d’intimité est nécessaire pour en apprendre plus sur les figurants. Il est peu probable qu’un figurant dévoile toute sa vie au premier personnage venu: les relations se construisent sur le long terme et les comportements varient souvent en fonction des liens qui les unissent.

Axe 3 : Place sociale

Choisissez ce qui peut permettre aux personnages de se forger une place dans la communauté. Une hiérarchie classique peut faire l’affaire (par exemple si les personnages incarnent des soldats dans une garnison), mais de nombreuses options sont possibles. Dans toute communauté, de la bande d’amis à la hiérarchie politique, se faire une place est un enjeu à part entière.

Axe 4 : Vie quotidienne

Choisissez des opportunités pour que les personnages puissent rendre la vie quotidienne plus agréable.  Ce peut être leur vie ou celle des figurants.

Parsemez le cadre de jeu d’ennuis variés, qui peuvent aller de la fuite d’eau dans le toit de l’immeuble, au jardin en friche, en passant par la cuisine qui n’est pas très savoureuse. Il ne faut pas qu’ils soient trop gênant cependant, les joueuses pourraient risquer d’être trop clairement incitées à les résoudre.

Axe 5 : Secrets

Cet axe est entièrement optionnel, et le renseigner amène le risque que les joueuses s’y intéressent exclusivement. Il doit être construit avec discernement. Il s’agit de déterminer les choses qui sont inconnues de la plupart des membres de la communauté, et qui pourraient expliquer beaucoup de phénomènes. Par exemple, quelques inscriptions sur des statues perdues dans une forêt, un ancien tableau représentant l’architecte ayant créé les lieux…

Attention, il ne faut surtout pas indiquer pendant la partie que ce qui est découvert est mystérieux ! Seulement le décrire en passant, l’air de rien.

Construction des axes de campagne spécifiques

Au delà des axes de campagne standards évoqués ci-dessus et qui vont venir peupler le BASQ, chaque cadre de campagne doit disposer d’axes qui lui sont spécifiques. C’est le moyen d’introduire ce qui diffère sensiblement de notre quotidien : une technologie débridée dans un monde cyberpunk, des pouvoirs magiques dans une monde fantastique, les préparatifs d’une guerre dans un monde médiéval…

Choisissez et développez les éléments spécifiques à l’univers de jeu qui pourraient avoir un rôle d’importance dans la vie quotidienne de la communauté, et auxquels les personnages pourront être confrontés.

Développement des axes de campagne

Les axes de campagne, sous la forme d’une description du lieu choisi, doivent être organisés selon une logique qui favorise au mieux la dynamique de jeu propre au BASQ.

Il faut tout d’abord s’assurer qu’aucun élément ne prend la forme d’une incitation évidente. Aucun élément ne doit contraindre les joueuses à y réagir : pas de gros problème en perspective, seulement quelques ennuis un peu partout. Les joueuses doivent pouvoir ignorer n’importe quel élément du cadre, sans que cela n’ait de conséquence importante.

Il est également préférable que les joueuses aient la possibilité d’aborder l’ensemble des axes de campagne le plus rapidement possible. Pour cela, la première partie peut prendre l’aspect d’une visite des lieux proposé par un figurant par exemple.

Les éléments qui constituent des axes de campagne doivent être ancrés dans le cadre, accessibles aux joueuses. Les sources d’information (comme les bibliothèques) sont ouvertes et disponibles, les figurants peuvent être rencontrés là où ils réalisent leurs différentes activités, les lieux peuvent être visités librement.

Certains éléments doivent être ancrés dans le temps court, typique du planning d’une journée. L’organisation de la communauté, du lever au coucher par exemple, doit être dynamique, et offrir des opportunités de scènes variées aux personnages. D’autres éléments peuvent s’ancrer dans le temps long, et permettre des événements exceptionnels qui viendront renouveler la partie : une fête à l’école de magie, la visite du prince au château, la manifestation anti-police dans le quartier…

Une fois que la plupart des éléments ont été posés, il reste à les relier les axes entre eux. Il faut s’assurer de la logique d’ensemble, créer des liens entre les figurants, associer aux figurants des éléments des différents axes de campagne (un bibliothécaire, un professeur de magie, un cuisinier…) qui seront autant de points d’accroche pour les joueuses.

Il est déconseillé d’associer à la préparation à une mécanique de jeu. Mais dans le cas contraire, une règle pourrait être de ne mécaniser que ce que l’on souhaite ellipser dans la fiction.

Enfin, il ne faut pas conditionner la fin de la campagne par un événement à l’initiative des joueuses (sauver le monde, permettre au fortin d’être protégé, résoudre les problèmes des figurants, etc.). Cela constituerait un objectif extérieur très incitatif pour les joueuses, ce que l’on souhaite éviter.

Et c’est tout !

OK. En vrai, c’est déjà beaucoup ! Mais nous espérons vous avoir donné non seulement à jouer au BASQ mais aussi à créer le votre. D’ailleurs, peut-être jouez-vous déjà comme cela ! Nous serions ravis d’en savoir plus sur votre manière de jouer.

En tout cas, si vous avez besoin d’aide ou de conseils supplémentaires, vous pouvez vous rendre sur le Discord des Courants Alternatifs (accessibles avec ce lien : https://discord.gg/v47EgUNJpb) ou par mail (à angeldustjdr@gmail.com). Un fil de discussion y regroupe une partie des auteurs et des curieux du BASQ.

Nous vous invitons également vivement à nous faire des retours sur ce texte, et sur le BASQ plus généralement ! En espérant que cette manière de jouer pourra vous apporter autant de plaisir qu’à nous, ou au moins vous inspirer pour vos propres parties de jeu de rôle.

Glossaire

BASQ : Abréviation utilisée pour “Bac à Sable du Quotidien”. Se prononce “Basque”.
Joueuses : Joueuses et joueurs de jeu de rôle.
Meneuse : Meneuse ou meneur de jeu de rôle.
Participantes : Joueuses et meneuse.
Personnages : Individus de la fiction que les joueuses incarnent.
Figurants : Individus de la fiction que la meneuse incarne.
Campagne : Succession de parties de jeu de rôles.
Univers : Monde fictionnel de la partie, pris dans son ensemble.
Cadre : Portion localisée de l’univers au sein de laquelle la fiction se déroule.

[Théorie] Les Signes Gestuels dans Damnés

Je profite de ce tout premier article théorique de 2019 pour vous souhaiter à nouveau une excellente année à venir (nous sommes en février, oui je sais, nous sommes à la bourre !). Puisse-t-elle être remplie de belles découvertes et de projets fructueux.

Quant à moi, je vous propose une petite visite guidée d’une des mécaniques de Damnés (notre dernier jeu dans lequel vous incarnez des être éternels rongés par la Bête): je vous présente donc un article sur les Signes.

 

Les Signes sont des Gestes Rôlistes que les joueurs peuvent faire durant la partie pour signifier certaines choses aux autres participants sans avoir à prendre la parole. C’est une mécanique inspirée de (d’aucun diront honteusement pompée sur) une réflexion de Felondra sur le bouillon de culture et de game design qu’est le forum des Courants Alternatifs. En partant d’usages issus du théâtre d’improvisation, Felondra propose de ritualiser des gestes qu’on pourrait utiliser lors de nos parties de JDR. Je vous invite à parcourir son billet immédiatement: il est rempli de belles choses 🙂

 

Nota Bene: J’utilise ici le terme Geste Rôliste pour parler sans distinction de Gestes, de Signes Gestuels, et tout autre jargon du milieu des théoriciens: bref, faisons dans le pratique.

 

De l’importance de la communication, verbale et non verbale.

Il va sans dire que le JDR est un médium qui se base en premier lieu sur la communication entre les participants. Lorsque je parle de communication, je ne me limite pas à la communication parlée (souvent vecteur premier) ou écrite, mais j’entends bien tous les types de signaux que nous pouvons envoyer à notre prochain (volontairement ou non). Les gestuelles, les intonations, la posture corporelle, les regards, les respirations, etc. A titre personnel, mes meilleurs moments de JDR sont ceux pendant lesquels je m’entends avec un autre joueur sans même me mettre d’accord avec lui en amont, lorsque nous sommes sur la même longueur d’onde d’un simple regard.

Malheureusement, ce genre de moment ne semble pas sortir de nul part, tel un miracle inopiné, mais il n’est pas non plus contrôlable ou prévisible. J’ai plus l’impression qu’il faut mettre en place un terreau fertile pour que cette symbiose puisse se produire. (Il y aurait tellement de chose à dire sur ce sujet, mais cela déborde du cadre de cet article. Peut être qu’on y reviendra un de ces quatre.)

Et c’est là que les Signes interviennent.

 

Mettre en place des routines

L’idée des Signes dans Damnés n’est pas de reprendre purement et simplement quelques gestes de l’article de Felondra et de les balancer dans le mix sans autre forme de procès. Au lieu de cela, nous avons tenté de mettre en place des routines qui, selon nous, facilitent l’émergence de moments symbiotiques. Bien sûr, les Signes ne sont pas forcément nécessaires et ne sont certainement pas suffisants pour qu’à coup sûr une épiphanie se produise dans une partie, 100% du temps. Il faut plutôt voir les Signes comme des outils, des petits gestes qui une fois intériorisés favorisent les échanges entre les participants.

Dans Damnés, il n’y a pas de tour de parole mais en général, on cadre une scène autour d’un Protagoniste: c’est lui qui est mis en valeur durant cette dite scène. Cela ne veut pas dire que les autres joueurs ne peuvent pas intervenir, au contraire. Seulement, lorsqu’il est difficile de prendre la parole, un bon Signe bien placé permet de faire passer le bon message au bon moment, sans avoir à interrompre le flot de la narration.

Le choix des gestes que nous avons incorporé dans Damnés n’est pas anodin. On peut globalement les classer en trois catégories:

Les facilitateurs

Il s’agit des Signes qui permettent de donner ou demander la parole, ceux qui permettent de fluidifier la partie sans avoir à interrompre les autres. Leur fonction est évidente, je ne vais pas m’attarder dessus.

Exemple: “Entrer en Scène”

Les catalyseurs

Ce sont les Signes qui mettent en avant un ressenti personnel. L’idée ici est de pouvoir s’exprimer sans crainte d’interrompre le flot de la narration. Ces Signes servent à insuffler vos envies avec un minimum de subtilité. Un Signe comme “Jouer la prochaine Scène” ou “Intervenir dans la narration” ont plusieurs avantages sur la prise de parole directe:

  1. Il incite les autres à prendre en compte le message. Globalement, nous avons trouvé lors des playtests que la mise en place de ce Signe particulier favorise l’écoute (ou du moins l’attention sinon l’empathie) de tous les participants. Si un joueur fait ce Signe et dit ce qu’il dit, ce n’est pas gratuit: la ritualisation permet donc de donner la valeur à ce qui est dit. Par ailleurs, ces Signes favorisent la mise en place d’un jeu en communication non verbal: un Signe “J’aime” suivi plus tard d’un clin d’oeil ou d’un regard appuyé pourra en dire beaucoup justement parce que le Signe a été utilisé au préalable.
  2. Il permet aux joueurs “timides” de s’exprimer. Alors, attention grosse digression: je mets des guillemets autours de “timide” car c’est souvent comme cela qu’on appelle les joueurs plus en retrait qui parlent très peu. De mon expérience, la “timidité” n’est peut être pas le meilleur qualificatif qu’on ait pu trouvé, mais bon passons. Par contre, quelque chose que voit et que j’entends souvent, c’est qu’il “faut aller chercher les joueurs timides” pour leur donner la parole, les forcer à intervenir. Ce n’est pas vraiment comme cela que nous voyons les choses et des Signes qui permettent de faire valoir un point de vue, un ressenti, de mettre un peu de soi dans la partie sans avoir à prendre la parole nous a paru une bonne idée pour Damnés. Nous avons eu plus d’une fois à notre table des joueurs dit “timides” et je pense que nous aurions aimé à l’époque être équipé de ce genre d’outil. Attention toutefois à ne pas confondre joueur et personnage: Damnés étant un jeu centré autour du drame des protagonistes, un personnage reclus qui interagit peu avec le reste du monde risque fortement d’ennuyer son joueur.
  3. Ces Signes ne “polluent” pas la partie avec des messages hors jeu. Les Signes comme “J’aime” permettent de faire un message positif sans arrêter la fiction.

 

Les voyants d’alerte

Les Signes comme la “Carte X” ou le “Moins Intense” sont des outils de sécurité émotionnelle indispensables pour un jeu comme Damnés. L’état actuel de la réflexion sur les outils de sécurité émotionnelle semble encore en évolution (notamment le billet de Ben Lehman sur la Carte X) mais nous pensons qu’il est primordial de mettre en place dans nos jeux ce genre de d’outil, ne serait-ce que pour provoquer la discussion.

 

Bien sûr, certains Signes font partis des trois catégories à la fois: il est souvent abscons de tout vouloir mettre dans ces cases.

 

Quelques trucs en plus

A noter également que le Meneur a un rôle très important également dans cette mécanique car c’est lui qui anime et qui distribue la parole. En effet, nous rappelons que dans Damnés, le Meneur réellement un chef d’orchestre et non un maître du jeu au sens traditionnel du terme. C’est donc à lui que revient la tâche de gérer les flux de parole et de mettre en place, grâce aux outils du jeu, le terreau fertile à la symbiose entre les joueurs dont je vous parlais plus haut.

 

Enfin, ces Signes sont d’autant plus important à mettre en place dans le cadre de parties en ligne durant lesquelles une grosse partie de la communication non verbale est perdue. D’ailleurs, les conventions de communications habituelles sont souvent bousculées lors de parties en ligne: un blanc dans la conversation peut tout aussi bien signifier qu’on attend que tous les interlocuteurs soient en phase ou approuvent ou qu’il y a eu une déconnexion impromptue; couper la parole est encore plus difficile que sur table, l’approbation des participants et soit difficile à avoir, soit directement tacite, etc.

 

Voilà pour ce premier article théorique de 2019. J’espère qu’il vous aura éclairé sur nos choix de design dans Damnés et je vous dis à très bientôt ! Merci encore à Felondra pour son article sur les Gestes Rôlistes et l’inspiration que cela nous a procuré !

 

Damnés – Réponse à la Cellule

Damnés est passé chez la Cellule !

Merci à eux d’avoir pris le temps de tester le jeu et d’en faire un chouette podcast.  J’aurai tellement voulu être sur place pour discuter avec vous de tous les sujets que vous avez évoqués ! Qu’à cela ne tienne, voici quelques unes de mes réponses à ce podcast. (Il faut bien sûr écouter le podcast avant de lire cet article… obviously !)

NB: J’utiliserai la première personne du singulier dans cet article pour une raison de commodité d’écriture. Manon rôde entre les lignes, faites gaffe !

La fiction

Je remarque aussi de mon côté qu’il est très difficile de faire une synthèse claire de la fiction engendrée par les parties de Damnés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous n’avons pas encore trouver de bon format pour faire des comptes rendus de parties comme nous pouvons le faire sur d’autres jeux.

En tout cas, au vue de la carte des relations et des retours, la fiction semblait être intense et dramatique !

Les Offrandes

Les Offrandes sont offerts par le Meneur lors de la première partie. Puis les Joueurs se font des Offrandes (entre eux) entre deux parties d’une campagne. L’idée est de permettre à un Joueur de voir comment les autres perçoivent son personnage au fur et à mesure de l’avancement d’une campagne.

Dans le texte, concernant la première Offrande du Meneur:

Il s’agit pour le Meneur de donner à chaque Joueur quelque chose dont le Joueur pourra s’inspirer pour créer sa Bête. L’Offrande est un acte de transmission de personne à personne et permet de se plonger dans l’ambiance de la partie.

Ici, dans le cadre d’un One Shot, et parce que traditionnellement le Meneur est une figure d’autorité, j’ai l’impression que l’Offrande peut agir comme un frein à l’imaginaire. Je comprends complètement cette sensation. Aujourd’hui, le jeu ne propose pas de d’alternative viable à ce genre de sentiment, mais voici une proposition: en One Shot, le Meneur fait une et une seule Offrande pour tout le groupe. Les Joueurs restent libres d’interpréter cette Offrande comme ils le souhaitent.

NB: les Offrandes ne sont pas exclusivement des poèmes. Ce peut être tout un tas de choses (image, musique, etc.).

Définition de la Bête et des Protagonistes

Le jeu propose de définir la Bête sous 3 aspects: le Totem, le Désir, les Stigmates. Les Protagonistes, quant à eux, sont essentiellement définis par leurs Pactes. Il faut voir cela comme une construction en miroir, ou du moins en canon:

  • Les Pactes représentent l’humain, le contrat social quotidien poussé à son paroxysme. Les désirs du personnage résident dans ces Pactes.
  • La Bête (et surtout son Désir, le reste étant plus une couleur qu’autre chose) représente la pulsion que nous avons tous au fond de nous et va pousser à casser la toile de Pactes qui existent autour de nous (Pactes que nous avons fait ou Pactes de ceux qui nous sont proches).

Du coup, pour répondre à Vivien:

  • Est-ce que la Bête est trop défini ? Oui et non. Une fois que tu as donné le Désir, le Totem et les Stigmates, il reste encore à jouer comment tout cela se met en branle. Mais c’est vrai que ces trois items sont le coeur de ta Bête et donnent une bonne idée de ce vers quoi ton personnage va tendre.
  • Est-ce que les désirs du personnage sont bien définis ? Oui, de par les Pactes existants et les ceux qui vont venir au cours de la partie.

Pactes de Sang

Les Pactes de Sang sont des promesses. Les promesses doivent être tenus… En tout cas, c’est ce que la société voudrait. L’épée de Damoclès qu’est le fait de devenir Paria est une menace purement sociale. Oui, une personne sournoise pourra faire des Pactes en l’air, mais est-ce que cela vaut le coup au vue du risque que cela comporte ? Est-ce que cela va amener des scènes intéressantes ? Quelles seront les conséquences d’un Pacte non tenu ? Et si il y avait des témoins à une transgression d’un Tabou ?

Dans le texte:

L’important est de rendre des situations intéressantes. Si les conséquences de l’impossibilité de tenir un serment ne valent pas la peine d’être exploré – après discussion avec les Joueurs –laissez tout simplement tomber.

Quant à la difficulté de faire des Pactes lors de la première partie, je rejoins complètement le constat de Viven en fin de podcast. Et d’ailleurs son voeu a été exaucé: au moment de la sortie du jeu, nous avons mis à disposition un kit de démonstration, disponible ici. En particulier, vous y trouverez:

  • Des exemples de Bêtes qui fonctionnent bien dans le Canevas proposé
  • Des exemples de Pactes de Sang et des idées pour en faire

A ce moment précis, quels sont tes sentiments

Cette règle permet en effet d’aller chercher un Protagoniste plus introverti (au passage, un PJ inactif – plus qu’introverti à vrai dire – n’est effectivement pas adapté à Damnés). Elle permet également aux Joueurs et au Meneur de comprendre le personnage. C’est un outil très puissant pour introduire du drame.

Généalogie de Damnés

Damnés est un enfant de Dogs in the Vineyard ou de Polaris, c’est certain. En fait, ce genre de jeu est tellement ancré dans notre pratique qu’on oublie souvent de leur donner crédit. Et malheureusement, Démiurge  n’était pas sorti au moment de la conception de Damnés, mais c’est clairement un parent proche.

Parmi les inspirations:

  • Amour, Gloire et Chevalerie de Valentin T. pour le système de serment, et pour toutes mes passerelles que nous avons construites au moment de la conception du jeu
  • Libreté de Vivien Feasson pour le système de Bile Noire très similaire à la Charge et la Décharge de la Bête
  • Inflorenza Minima de Thomas Munier pour la manière dont le jeu amène le drame et les sacrifices
  • Undying de Paul Riddle, Vampire la Mascarade, Vampire le Requiem => là c’est évident, donc je ne vais pas m’attarder dessus

Le mot de la fin

J’espère que cet article apporte quelques précisions au podcast. En tout cas, je remercie infiniment la Cellule pour avoir pris le temps de jouer et de critiquer le jeu !

A la prochaine.

Par angeldust, il y a

Si Damnés était un pico-game

  • Il y a un Meneur et des Joueurs
  • Les Joueurs incarnent chacun un Damné, le Meneur joue le reste
  • Un Damné est immortel.
  • Un Damné a un Désir et des Pactes
  • Un Désir est difficile à atteindre, mais un Damné peut faire appel à sa Bête pour s’en rapprocher. Faire appel à la Bête permet de faire des trucs surnaturels
  • Après 3 appels à la Bête, celle-ci prend le contrôle du Damnés et le Meneur raconte comment le Damné atteint son Désir de la manière la plus violente possible (“Un Damné atteint son désir – Ca tourne mal…”)
  • Si un Damné rompt un Pacte, il peut être “tué” par d’autres Damnés
Par angeldust, il y a

[Terres de Sang] De la Spirale vers soi

Aujourd’hui c’est Théorie ! Voilà un bail que je n’en avais pas parlé sur ce site (2016 ?). On va donc doucement remettre le pied à l’étrier.

Le sujet du jour est ce que j’appelle la Spirale vers soi ou de la Convergence vers soi. C’est un “phénomène” qui est facilité / encadré par les règles de Terres de Sang et c’est pourquoi j’ai à coeur de vous en parler dans cet article.

Objectif

Montrer le phénomène de Spirale vers soi et l’illustrer avec les règles de Terres de Sang. Il ne s’agit pas de décrire une vérité absolue mais de mettre le doigt sur un phénomène que j’ai observé dans mes parties de JDR et plus particulière dans Terres de Sang.

Observation 1

Il existe une porosité entre le joueur et le personnage qu’il incarne.

Cela peut paraître une évidence mais j’ai l’impression qu’il est important de le rappeler: on met forcément de nous dans nos PJ. Même dans le cas le plus extrême où je suis amené à jouer un personnage très loin de mon domaine d’appréhension (genre une race alien au fin fond de l’univers), je vais être obligé, pour jouer ce personnage, de le ramener à quelque chose que je connais. Pas le choix puisque je ne peux pas connaître ce que je ne connais pas (logique hein !). Dans The Watch, par exemple, les joueurs sont inviter à jouer des femmes qui luttent contre une menace appelée “The Shadow” dans un univers médiéval low fantasy. Le truc dans ce jeu, c’est qu’on ne peut jouer que des femmes (ou presque) et qu’il y a un large de choix de genres (non binaire, fluide, cis, etc.). Du coup, lorsque je joue à ce jeu, bien que j’endosse le rôle de quelqu’un qui peut être radicalement différent de moi (une guerrière cis-genre), je ne peux qu’interpréter ce rôle à la lueur de ce que je comprends, de ce que je connais. Je me mets à la place de mon PJ et je ne peux que tenter d’approcher le personnage de part mon expérience propre. Éventuellement, le jeu peut m’aider à le faire, mais indéniablement, je jouerai ma propre interprétation d’un personnage.

On peut mettre sur une ligne deux points: un qui me représente et un qui représente mon PJ. La distance entre les deux points est le reflet la porosité entre moi et lui. Plus la distance est petite, plus mon PJ est proche de moi en tant qu’individu. On va garder ça pour plus tard 😉

Observation 2

Il y a des moments qui font diminuer la distance entre le joueur et le PJ.

Puisque nous jouons nos personnages à la lueur de notre expérience du monde que nous connaissons, les actes du PJ sont un reflet de notre personnalité. Notre implication émotionnelle dans la fiction, notre immersion, peut provoquer une diminution plus ou moins grande de la distance joueur/PJ. Une conséquence de ce rapprochement est le bleed (cf. article de Thomas Munier), ce phénomène qui fait qu’il y a transparence des émotions entre mon PJ et moi. En gros, je ressens la même chose que mon PJ ou mon PJ ressent la même chose que moi à un moment donné.

Ces moments de rapprochement sont souvent des temps forts dans la fiction. Par exemple, lorsque je suis mis sous pression dans la fiction (face à un choix cornélien par exemple), j’ai tendance à me replier sur mes réflexes, mes acquis personnels, sur mon sens de la morale, etc. Au final, c’est ma position en tant que joueur qui influe sur ce que mon personnage fait (cf article de Frédéric Sintes sur le narrativisme).

Si on reprend le graphe précédent et qu’on ajoute une ligne du temps (de partie ou dans la fiction), on peut représenter le rapprochement de moi et de mon PJ. Parfois, les deux points peuvent s’éloigner bien sûr, mais pour une meilleure compréhension, je ne vais montrer que des points qui se rapprochent. On peut relier les points et observer une convergence des deux courbes: c’est ce que j’appelle la Convergence vers soi.

Cette convergence est bien sûr continue au fil de la partie, ou de la campagne. Plus on joue longtemps, plus on “comprends” notre PJ, plus j’ai d’empathie pour lui, plus nous nous rapprochons.

Construire un système de convergence

Dans Terres de Sang, les règles encadrent ce phénomène de convergence et le transforme en une forme de Spirale vers soi.

1. Les Augures

Les Augures sont des signes du ciel laissés à l’interprétation des joueurs: au moment de la création des personnages, chaque joueur tire deux Augures pour son PJ. Il décrit ensuite en quoi ces Augures ont influencé la vie de son personnage.

Ainsi, avant même que le jeu ne commence, le joueur investie sa vision du monde dans son personnage.

2. Le cycle de narration

La narration dans Terres de Sang est cyclique. Les personnages, après avoir fait Naufrage, passent par des phases d’Exploration, d’Introspection, de Conflit et de Reconstruction. Lors de la phase de Conflit, le personnage se retrouve face à une épreuve morale. Les règles permettent de construite une phase de Conflit avec un impact maximum, à l’aide notamment des phases d’Exploration et d’Introspection qui investiguent la psychologie du PJ (et permettent donc de trouver un choix moral qui fait mal). Ainsi, le Conflit agit comme un temps fort de la fiction durant lequel le joueur doit se positionner moralement.

3. L’Ancrage et la phase de Reconstruction

Une des étapes de la création de personnage est le renseignement de l’Ancrage. L’Ancrage est un adage qui illustre la vision du monde du PJ et se termine toujours par “Ainsi va le monde“.  Par exemple, une phrase comme “Les forts doivent régner sur les faibles, ainsi va le monde” peut être l’Ancrage d’un personnage. Cette phrase définit la vision du monde du PJ.

Durant la phase de Conflit, cette vision est souvent mise à mal et le joueur s’est positionné moralement face à l’épreuve qui lui est soumise.

Durant la phase de Reconstruction (qui se déroule après la phase de Conflit), le joueur est invité à rayer son Ancrage et à en écrire un nouveau. Ceci acte sur le papier le positionnement moral que le joueur a adopté, transposé sur la vision du monde du PJ. Ainsi, la distance entre le joueur et le PJ diminue, sans possibilité de retour.

L’enchaînement des cycles de narration et du changement des Ancrages tend à rapprocher le joueur du PJ, comme si le PJ se trouvait dans une Spirale le menant à fusionner (si on est extrême) avec le joueur.

Le mot de la fin

Dans cet article, j’ai tenté de montrer le phénomène de Convergence vers soi, qui dans Terres de Sang peut aussi s’exprimer comme une Spirale vers soi. Est-ce que vous aussi vous observez ce genre de phénomène dans vos parties (quelque soit le jeu) ?

N’hésitez pas à venir discuter de ce phénomène sur les Courants Alternatifs. Merci à Valentin pour la mise en concept.


Un peu d’autopromo

Terres de Sang est disponible sur lulu.com pour 12€ ou en pdf à prix libre (7€ proposé).